Noms de Familles et Noms de Lieux

LIERRE LATIN ET HOMONYME PRÉCELTIQUE

Aimé Vayssier écrit dans son Dictionnaire patois-français de l’Aveyron, « Ènno, fuèilho d’ènno, lèouno, Midi du département pour cette dernière forme, substantif féminin. Lierre, arbuste grimpant dont les feuilles, toujours vertes et lisses, servent à soigner les vésicatoires. De là son nom de lèouno, dont le 1er n’est qu’une altération se rapprochant du latin lenis, doux au toucher1. »

 Le lierre a servi pour les brûlures à vésicules entraînées par l’application d’un produit médicamenteux de réaction inflammatoire, mais aussi en tant que purgatif. Et il entre dans la composition de remèdes actuels pour les maux de gorge.

Quant à son  étymologie, elle est, tout au moins pour l’occitan, bien moins simple qu’il n’y paraît.

A l’origine se trouve le latin hedera désignant cette même plante : le français a le produit « lierre » par agglutination de l’article l’ à l’ancien français ière : l’ière > lière > lierre ; ière étant une des multiples formes eire, ere et edre issues directement du latin hedera.

L’occitan a èudra, èura, èdra, èbra, ènna, lèuna pour désigner la même plante et il sera difficile d’admettre pour certaines de ces variantes une filiation avec hedera sans croisements avec d’autres termes ou autres aventures morphologiques.

 

 

Lenne des rochers et des bois

 

 photo lierre.jpg

 

 

LENNE, hameau dont le nom forme le 2e élément des noms des communes de Saint-Martin-de-LENNE  et Saint-Saturnin-de-LENNE et donne son nom à Notre-Dame de Lenne, église à environ 700 m vers le sud-ouest, peut se rattacher à l’évocation ancienne de cette plante. La prononciation « lènno » (où l’articulation des 2 n se fait bien sentir) est conforme à celle de la désignation du végétal.

On peut encore citer deux Roc de Lenne, l’un à l’ouest de Saint-André-de-Vézines, sur le Causse Noir,  et, dans le Cantal, dans la commune de Pleaux.

Dans l’Ardèche, en zone bordière de la Lozère, Lenne est un hameau situé 7 km à l’ouest de Malarce-sur-la-Thines.

Dans le Gard, au nord-ouest de Génolhac, le Valat de l’ENNET présente le suffixe collectif en -etennet désigne le lieu où le lierre abonde.

La même idée est rendue par le nom du hameau d’ENNOUS, entre Saint-Juéry et Le Viala-du-Dourdou, dominant la vallée du Gos. Ici le suffixe est -ós et montre par ennós, le foisonnement de l’ènna comme ailleurs erbós qualifie un lieu herbeux et fuelhós, une abondante frondaison.

Mis à part les dérivés, on peut constater que l’on ne rencontre pas d’ènna sans agglutination de l’article : en a-t-il été couramment ainsi dans le lexique commun ? c’est possible : on a bien lèuna et la forme française « lierre ». En toponymie, cette fréquence est évidente. Par ailleurs, on rencontre bien plus de noms de lieux Lescure que de L’Escure.

 

 

Lenne des ruisseaux

 

Selon toute apparence, nombre de noms de ruisseaux se rattacheraient à l’ènna.

Le LENNE, ruisseau, affluent de l’Aveyron, coulant dans les communes de Moyrazès et de Baraqueville.

Le ruisseau du Ravin de LENNE dans la commune de Tournemire, tributaire du ruisseau du Joulbas.

Enfin L’ENNE, affluent du Rieu Vieu à Viviez, qui coule à Cransac et Aubin.

Le seul cas où l’article est individualisé paraît être dû bien plus à la désignation du ruisseau qu’à celle du lierre.

Mais s’agit-il bien ici de lierre ? On peut en douter fortement.

Il se pourrait très bien que nous ayons affaire ici à une racine hydronymique préceltique et, précisément *el-no- « rapide » étudié par L.-F. Flutre dans ses Recherches sur les Eléments prégaulois dans la toponymie de la Lozère (p. 121) représenté par l’ANNOU (in fluvio seu rivo Elnonis, 1304)2 et qui donne son nom à NONENQUE (in valle Elnonenca, 1139)3, nom de la Chartreuse de Nonenque, abbaye de la commune de Marnhagues-et-Latour, dans le sud-Aveyron. Il est probable que la mise en agglutination de l’article défini avec la racine *eln- a donné leln- > lèun- > len- ; d’où des noms de cours d’eau qui paraissent parler de lierre.

 

  1. Définition adaptée par nos soins pour une meilleure lecture.
  2. Cartulaire de Nonenque, p. 195.
  3. Ibid., p. 1.

 

 



31/05/2017
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