Noms de Familles et Noms de Lieux

Définition de l'onomastique

LES DIVERS VISAGES DE L'ONOMASTIQUE


Le terme d'onomastique


Le terme d'onomastique recouvre l'étude des noms propres en général. Et bien plus que le terme d'onomastique, c'est le terme de nom propre qui m'inspire une réflexion née de l'expérience du contact de cette science et de personnes de tous milieux.

Jamais une expression n'a été aussi bien venue que celle de nom propre : le nom de l'individu, le nom du domaine rural, celui du tènement, celui du village et bien souvent de la ville, est vraiment la propriété de son porteur, de l'habitat du lieu ou du possesseur de la terre.

Il y a un attachement fondamental au patronyme et au toponyme. Il y a identification évidente aux phonèmes qui distinguent un Cabantous d'un Sabatier, un Galtier d'un Maury. Quant aux noms de lieux qui quadrillent notre environnement, ils ne sont pas de simples repères géographiques, mais bien des pôles de la géographie affective de chacun d'entre nous.

Pour cette raison, on a bien souvent éprouvé le besoin de découvrir le sens de ces formations phonématiques, et l'on n'a pas attendu la naissance de l'onomastique (assez récente, comme nous allons le voir), pour décrypter des noms qui résistaient à l'interprétation immédiate par l'occitan.

On fit donc ce que l'on pourrait appeler de l'onomastique  « à l'oreille ».

La langue des blasons offrit ainsi de curieux échafaudages interprétatifs.

 

Dans le numéro 70 de la revue « Connaissance du Pays d'Oc », j'avais fais reproduire une photo du blason de la maison des Baux de Provence avec la devise A l'azard, Bautezar ! qui faisait remonter de façon curieuse balteus latin (qui donne bauç occitan, rocher escarpé) au nom du roi mage Balthazar dont il restait à établir la filiation généalogique.

 

Dans le même article, je parlais du dauphin du blason de Sète, où le nom de la ville se voit inspiré d'un cétacé qui, ma foi, ne serait pas plus mal à Sète que dans un autre port si l'onomastique moderne,empêcheuse de tourner en rond, n'y avait vu le vestige d'une langue du néolithique (sujet sur lequel nous reviendrons).

 

 

Mais le modèle du genre est Espalion (Aveyron) qui blasonne d'un lion à l'épée : l'espada et lo lion… évident !…Ici encore l'onomastique se pare peu des charmes de ladite Vérité en avançant une racine pré-indo-européenne pour régler la question.

Les scribes du Moyen Age ont aussi à leur actif quelques perles qui sont allés jusqu'à porter atteinte à la forme même du toponyme.

Je retiendrai pour mémoire un Corps-Nuds d'Ille-et-Vilaine qui aurait dû être en tout point identique à notre Cornus aveyronnais, si la fantaisie de celui qui tint un jour la plume n'y avait vu des « corps nuds » (graphie ancienne), des corps déshabillés (cela a-t-il donné lieu à une légende locale née du nom lui-même comme cela arrive parfois ? je ne le sais…).

On nota donc, au XVe siècle, de Corporibus Nudis, alors que le toponyme était porté Cornutius à une date très ancienne, au VIe siècle ; d'où aujourd'hui Corps-Nuds.

L'étymologie des deux Cornus est Cornucium, à comprendre « domaine en forme de corne, domaine en pointe, en angle ». Sous le même thème nous connaissons les toponymes L'Angle, Les Angles, Anglars (Aveyron, Lot, Lozère) et Les Cuns (Aveyron, Lot, Tarn).



Naissance de l'onomastique

 

La naissance de l'onomastique en tant que science, avec les travaux de d'Arbois de Jubainville et d'Auguste Longnon, au tout début du XXe siècle, a permis de mettre un peu d'ordre dans tout cela.

Elle constitue le couronnement des progrès de l'onomastique où œuvrent  la sémantique (l'étude des évolutions de sens) et la phonétique (l'étude des évolutions de sons) à l'écoute de l'histoire de tous temps en lieux divers, à tous les sens du terme :économique, sociale, militaire et culturelle.

On peut ainsi espérer bannir les découpages fantaisistes tels que Florac (Lozère ) (la fleur des eaux, où -ac était pris pour le produit aqua) ou Caussignac (Aveyron) (laborieusement découpé en causse et ignis, le feu : le causse de feu).

En dégageant des radicaux et des suffixes, on put facilement dégager le suffixe gallo-romain de propriété  -acum et attribuer à Florus, nom d'homme gallo-romain, le lieu de Florac et à Caussinius, le lieu de Caussignac.



 

TOPONYMIE

 

Formes anciennes



On s'est astreint à la consultation des formes anciennes qui, parfois fantaisistes, servent aussi souvent de garde-fou.

 

 

Charte des des libertés de Millau (photo Martine Astor)

 

Pour Espalion (Aveyron), Spelevo du Xe siècle  montre à souhait un suffixe celtique  -evo  (celui que l'on a par ailleurs pour Lodève) et un radical préceltique  spal, falaise, que l'on retrouve à Espaly-Saint-Marcel dans la Haute-Loire. Pré-celtique et pré-latin que l'on retrouve enfin dans spelunca latin, grotte, caverne.

Instructives sont aussi les formes anciennes du nom des Baux-de-Provence (Bouches-du-Rhône) porté Balcium vers 960 et de Sète (Hérault), porté Setion au IIe siècle.


 

Connaissance du milieu (linguistique, historique,…)

 

Une bonne connaissance du parler et des termes locaux est devenue de rigueur. La connaissance du languedocien et du provençal n'empêche pas la plus grande méfiance envers le domaine gascon. Car si l'on peut mettre en lumière des sens à partir de données historiques et des racines préceltiques, gauloises ou gallo-romaines, on court le risque, en contrepartie, de tomber dans la chausse-trape de formes particulières aux régions concernées.

De plus et enfin, des notions approfondies sur l'archéologie, l'histoire sociale, économique, culturelle, politique, militaire des lieux en question, sont nécessaires.

C'est difficile… mais sans cela, l'onomastique perd son objet et sa spécificité.

Nous l'avons dit au début : le nom de lieu, le nom de famille sont des noms propres, des noms particuliers. Ignorer cela, c'est bâtir sur du sable.

Et les progrès successifs de cette science ne feront qu'accroître ces risques d'erreur. La prise en compte des racines pré-celtiques et pré-latines donne lieu aujourd'hui à des hypothèses malhabiles ou trop habiles, où un toponyme obscur se voit condamné à devenir pré-celtique et, en tant que tel, est soumis à des découpages et des reconstitutions invraisemblables qui jettent à bon droit le discrédit sur l'ensemble des chercheurs. Mais que sont donc ces racines préceltiques ?


 

Racines préceltiques



De 1920 à 1955, la publication des travaux des savants italiens Ribezzo, Trombetti, Bertoldi et Alessio révolutionna la toponymie en mettant en évidence de vieilles racines dont ne rendait compte aucune langue connue. L'extension de ces racines, présentes dans toute l'actuelle Europe, le pourtour méditerranéen et l'Asie centrale, montre qu'elles relèvent en Europe, d'une communauté linguistique disparue, refoulée ou assimilée, et dont certains termes furent véhiculés par les peuples ligures et ibères auxquels les peuples conquérants firent de multiples emprunts.

Nous trouvons, nous, ces racines fixées, fossilisées à jamais, dans certains noms de montagnes et dans une forte proportion de noms de rivières ; d'autres demeurent vivantes jusqu'à nos jours.

 

Oronymie (noms de montagnes)

 
 La pouncho d'Agast, rebord ouest du causse Noir  (photo Martine Astor)

 

 prendrai pour exemple le nom des Causses pour lequel les dictionnaires d'étymologie donnent cauç, la chaux.

Il est bien évident que nos causses sont calcaires, mais vus sous l'angle planétaire, si l'on peut dire, on observe un approfondissement dû à nos savants italiens qui engage à un rapprochement (lequel n'a pas échappé aux géologues) entre le  carso yougoslave et le causse (calso) français. Nous avons affaire là à deux racines voisines  Kar et  Kal, pareillement divisées en  -so.

La racine  Kal  a été empruntée par le latin avec calculus, petit caillou, avec calx, chaux, calcaris, calcaire et par le gaulois calicem, caillou (conservé dans le gallois  caill, testicule).

Kar est, de son côté, conservé par le celtique cairn, tumulus rocheux, demeuré dans la langue des géologues.

Ainsi quand on dit que le nom des causses représente l'occitan  cauç,  on est sur une bretelle d'accès à la bonne racine, mais on n'y est pas encore.

Le terme qui a donné l'étymon de « chaux » a aussi donné le nom des Causses qui s'en distingue fortement car, dès l'origine, il a embrassé un sens bien plus vaste où la notion de chaux, de calcaire, est seulement la composante d'un type de relief. Et le terme, ainsi lexicalisé en occitan, s'est retrouvé bien vivant dans notre langue.

J'émettrai la même idée pour les Suc, les Tuc, les Tuque, les Suque, les Truc, les Truque, les Calm et les Can, représentant des appellatifs de reliefs qui tous relèvent de racines préceltiques et ont amplement vécu en ancien occitan .

Et je vois avec regret des travaux où l'on se contente de ranger ces toponymes parmi les noms préceltiques en oubliant tout simplement qu'ils font partie de notre capital linguistique, l'occitan.

 

Hydronymie (noms de cours d'eau)

 

La Durenque, hydronyme de la base préceltique dur- dérivé en -enca pour donner le sens de "vallée de la Dur", a donné son nom à la commune de Durenque (photo Martine Astor).

 

Ce n'est plus le cas pour les noms de rivières tels que l'Arre, l'Arrigas ou l'Alzon qui ne relèvent que de l'étage ancien. On a affaire ici aux racines  ar- et  al-. 

La racine ar-, présente dans Arauris, forme ancienne du nom de  l'Hérault est devenue suffixe hydronymique dans Isara (Isère), Vézère, etc.

La racine al-,  attachée au rocher d'où jaillit la source, se retrouve dans le nom d'Alès, dans le nom d'Alize (l'ancienne Alésia) et dans le nom des Alpes.

Par contre, il est intéressant de noter, dans le Gard, le sens apparent de «ruisseau » qu'a eu le terme de  burle en ancien occitan, et pourtant considérée par la toponymie comme fossile:  le Burle de Jaoul (comme on a le Truc de Jaoul) et le Burle de Gressentis (tous deux affluents de la Virenque).

 

LA MONTAGNE

Appellatifs de racine préceltique

Des noms occitans sont de racine préceltique : il faut distinguer des noms que l'on ne comprend plus tels que Alise ci-dessus, de mots tels que Causse, Serre, Suc, Truc qui, même s'ils sont peu connus de tous, appartiennent toujours au fond occitan au sens de "hauteur, montagne, chîne montagneuse".

Appellatifs de racine celtique

Le terme occitan calm désignant le plateau, le sommet plat d'une chaîne de montagne, est connu des Gaulois qui l'ont hérité de couches linguistiques dites "préceltiques". Il est représenté dans les noms de lieux La Calm / Lacalm et par le produit can : La Can / Lacan.

Appellatifs latins

Puech, Mont et moins courants, La Colle et Le Crest, sont de racine latine.

- Ligne d'horizon

Elle est évoquée par deux termes occitans : Azuel (as uèlh : au niveau de l'oeil) et Trescol (tras còl : au-delà des collines).

- Plateau

Plan, Pla, Plo noms de replats, terrains plats, placette dans les villages en hauteur du bas Languedoc.

Plat, Platet et le français "plateau". 

- Terrasses et replats

Le Soulier : de l'occitan solièr "étage, soupente, plancher, grenier à foin" du latin solarium "terrasse, balcon".

Le Pompidou : de l'occitan pompidor "repos d'escalier"  d'où "terrasse, balcon", de pompir "frapper du pied".

Les Faisses, Les Faysses : occitan faissa "bande de terre" du latin fascia "bande" .

Le Bancarel : de l'occitan bancarèl "banquette de terre à flanc de versant soutenue par un un muret"

Esparon : de l'occitan esparon "barreau d'échelle" pour désigner un gradin, un replat de versant.

- Versants

La Coste de còsta occitan désignat le versant et non pas la "côte" la route montante.

Travers : de l'occitan travèrs "pente". 

Penchot et Penchenerie, noms de leieux de l'Aveyron désignant des versants.

Rive, d'un état de langue fort ancien, ne se limitant aux berges et rivages : Rivesaltes, Les Rives sur le Larzac (célèbre pour son lac; d'où une idée fameuse / fumeuse que ce lac temporaire a forcément des "rives", d'où Les Rives).

 

 

 

 


 

ANTHROPONYMIE

Statue de saint Martin, originellement placée dans l'église de Saint-Martin-du-Larzac (photo Martine Astor).

 

    Pour les patronymes, les noms de familles, le problème de la couche linguistique chronologique n'a plus sa raison d'être, car ils ont tous été attribués au cours du  Moyen Age ou de la Renaissance.

    Ne commençant  à être fixés avec quelque régularité dans les actes qu'au XIIIe siècle , ils ne peuvent  être considérés comme stables qu'à partir du XVe siècle.

    Au siècle suivant, l'article 51 de l'ordonnance de Villers-Cotterets, sous François Ier, rend obligatoire l'inscription sur les registres d'état civil.

    La christianisation de la Gaule ayant supprimé tout ce qui était noms de familles (les gentilices latins), le seul nom officiel d'un individu, au Moyen Age, était son prénom, son nom de baptême.

 

45% des noms de familles sont d'anciens prénoms

   

Parmi ces noms de baptême, il y avait bien entendu, les noms des saints apôtres :

    particulièrement Andrieu (André), Peyre (Pierre… impossible à distinguer dans un nom de famille avec le nom de lieu d'origine), Berthomieu (Barthélémy), James (Jacques) et Jean, lequel représente le plus souvent Jean le Baptiste.

    D'autres noms de baptêmes se rapportent aux saints locaux, régionaux ou nationaux

Marty (Martin… l'apôtre des campagnes gauloises), Bernard/Bernat, Doumergue, Vidal, Fulcrand, Robert, Guiral/Guiraud/Giral et bien d'autres.

Fulcrand, Robert, Guiral et ses variantes, montrent que les noms de saints furent pour beaucoup dans l'expansion des composés germaniques introduits par les Francs et adoptés par l'Eglise après la conversion de Clovis.

Le contingent des prénoms germaniques vint grossir appréciablement le modeste corpus des noms chrétiens hérités du gréco-latin. Ce sont eux qui offrent la majeure part des noms de familles issus de prénoms.

A leur sujet, il faut se garder de commettre l'erreur commune de donner un sens à ces composés où les éléments étaient interchangeables.

De la même manière que l'on a  Jean-Pierre, Jean-Paul, Jean-Luc, Jean-Michel et autres, le prénom germanique change le second élément ainsi que je l'avais mis en évidence dans la revue Connaissance du Pays d'Oc où j'avais cité pour exemple la lignée royale d'Austrasie où se succèdent de père en fils :

Théodoric (Thierry)

Théodebert (Thibert)

Théodebald (Thibaud).

Sur le thème Theud « peuple », on a greffé tour à tour :

ric- (puissant)

berth- (brillant, illustre)

bald- (audacieux)/

Ainsi gair- / guir- /gir- « lance » donna-t-il la série :

Girard / Guirard  - avec hard « dur »

Guiraud, Guéraud, Giraud  - avec waldan « commander »

Gerbert  - avec berht- « brillant »

Germond  - avec mund- « protection »

Géroul / Giroux  - avec wulf « loup »

auxquels il faut ajouter :

Guérin / Gérin avec suffixe latin  -inum.

 

    De nos jours, 45% des noms de familles sont ainsi d'anciens noms de baptêmes ; très forte proportion qui s'explique par la grande diversité de l'apport germanique.

    Ceci n'empêche pas pour autant les homonymies.

    Les modes jouent et le culte des saints étant très vivant,  certaines localités présentèrent des multiplications sans nombre de Jean ou de Pierre.

    On dut donc suppléer à cette incommodité par l'usage de déterminants divers.

    Ce qui fait qu'aujourd'hui

 

16% des noms de familles représentent le lieu d'habitation de l'ancêtre ou son lieu d'origine.

    Parmi les ruraux, le voisinage du bois donne Bosc/Delbosc ; celui du pré, Prat/Delprat ; et l'on pourrait ainsi passer en revue tous les aspects du paysage rural. L'arbre caractéristique du lieu, isolé, et caractérisant la ferme fut mille fois mentionné (Prunier, Pommier, Py, Delpy, Castanier, Fraysse) ou bien le collectif, le bois de frênes (Frayssinet), le bois de chênes (Rouvière), et bien d'autres…

    Parmi les citadins, ce sont la porte de la ville, la fontaine et le pont qui enjambe le cours d'eau, qui ont le plus fort investissement : d'où les Porte, Laporte, Laffont et Delpont.

    Ici apparaissent les problèmes propres à l'étude des noms de familles :

    si l'on n'a plus le problème de l'attribution à une couche linguistique chronologique, on a celui du sens, de la raison de cette attribution.

    Et cette recherche se double de la prise en compte du lieu qui offre le cadre de cette attribution et de la zone linguistique qui en offre le contexte.

    Notre recherche ne doit pas se contenter d'enregistrer, de déceler le lieu évoqué par le nom ; car, par exemple, la contiguïté de l'habitation avec la porte de la ville ne manque pas de coïncider souvent avec la fonction de portier de la ville, comme Mouly/Moulin ne doit pas manquer d'évoquer le plus souvent le métier de meunier pour le premier.

 

   

Meunier au moulin de Roupeyrac  à Durenque (Aveyron) (photo Martine Astor).

 

Il y a toujours deux temps dans l'étude d'un nom de famille :

1°   Qu'est-ce qu'il dit

2°   Qu'est-ce qu'il veut dire

    Le nom de famille évoquant une réalité du monde médiéval est toujours entaché d'une grande ambivalence. Il évoque un lieu, mais évoque toujours autre chose…

    C'est ce qu'il faut garder présent à l'esprit.

    Le même problème se pose de façon plus complexe encore quand il s'agit d'instruments ou de vêtements : le seau (Ferrat, Farrat), le balai (Escoube), la lampe (Caleil, Chaleil) dont on ne sait jamais s'il est question du fabricant, du vendeur ou de l'utilisateur habituel.

    Mais revenons aux noms d'origine :

    Un originaire de Laissac, de Séverac s'est vu attribuer le nom de sa localité d'origine. Un ouvrage tout entier mériterait d'être écrit sur une approche psycho-sociologique de la dénomination d'un individu par le nom de la localité d'origine. Nous y verrions un Moyen Age où l'on bougeait beaucoup malgré les mauvaises routes et leurs dangers ; et un Moyen Age cloisonné à l'infini en micro-communautés urbaines ou rurales.

    L'Europe de demain a beaucoup à apprendre de notre lointain Moyen Age.

    Nous avons abordé le problème des noms de la fonction de l'individu, de son métier.

17% des noms de familles sont des noms de métier ou de fonction.

    Mais comme nous l'avons vu, ceci est très théorique dans la mesure où un nom de lieu peut évoquer un nom de métier. Par contre, il serait dommage de traduire sèchement, dictionnaire en main, Rességuier par scieur (sur rèssa, la scie). Le resseguier était un scieur de long et un scieur de long était un migrant. Paysan durant l'été, il partait débiter en planches les forêts des Pyrénées durant l'hiver. Dans ce nom de famille, le sens de « travailleur saisonnier » l'emporte sur celui de scieur de long .

    Sans sortir des métiers du bois, parlons aussi de Carpentier qui n'évoque pas le charpentier mais le menuisier ; le charpentier était le fustier.

Attention,

    Quant aux forgerons de villages, les fabre, ils furent légion car hommes à tout faire : ferronnier, maréchal-ferrant, ils étaient aussi vétérinaires et serruriers. Leur grand nombre s'explique aussi par le fait que (pratique mal connue), le nom de métier (Boyer, Fabre,…) entra dans la dénomination de l'enfant et devint donc un nom de baptême.

Les sobriquets

    Nous avons gardé pour la fin les sobriquets. Ils furent d'un grand usage puisque :

 

22% des noms de familles ont trait au physique ou au tempérament.

 

    Nombre d'entre eux ont un sens très apparent :

Garrel et Clop signifient boiteux

Pichon, petit

Benbassat, bien baissé, voûté

Balp ou Bret, bègue

Calvet ou Plumet, chauve

Cabantous, trognon de choux, paraît sans problème évoquer la petite taille.

    On peut se faire une image de la personne désignée sous le nom de Capdemartory (tête de martyr) ou Capdellaire (tête de bandit) et encore peut-il s'agir, ici et dans d'autres cas, d'un sobriquet collectif) ; là où nous voyons un sobriquet de tempérament, se cache peut-être un sobriquet d'origine.

Nous pensons aux caps plumats (têtes plumées) de Montagnac

                       aux  cap lusents (têtes  luisantes) de Fontès

                       aux larrons de Mezan (du Vaucluse)

        aux dévots de Gravezon dans les Bouches-du-Rhône

et bien d'autres qui doivent tempérer notre ardeur à dresser un portrait robot de l'ancêtre premier porteur du sobriquet.

    Outre cela, les vrais problèmes commencent avec Brun/Bru, Nègre et Maurel qui paraissent peu distinctifs dans des régions où les bruns sont légion. Quant à l'attribution de l'appellatif à des individus particulièrement basanés, je n'y crois guère.

    Je pense plutôt à des sobriquets de sens figé, pratiquement vidés de leur sens et distribués ici et là en manière de surnom distinctif d'un André, d'un Pierre ou d'un Jean.

    L'attribution de surnoms durant la première moitié de ce siècle me laisse rêveur quant à l'analyse que nous pouvons faire aujourd'hui de ceux qui nous parviennent des siècles après, par l'intermédiaire des noms de familles.

    Je commence par Saucisse et Confiture pour lesquels je vois un Albert Dauzat du 25e siècle écrire qu'ils aimaient respectivement la saucisse et la confiture alors que, les connaissant, je n'ai jamais constaté chez eux un penchant particulier pour ces denrées.

    Je continue par une énigmatique Tripette et poursuis avec un Miet-litre (demi-litre) qui pourrait bien passer plus tard pour un débiteur de boissons alors qu'il était ivrogne.

    La Prussienne était une femme fort peu commode.

    Pel-Blanc (poil blanc) présentait un caractère familial (je l'ai constaté sur deux générations et sur plusieurs membres de la famille) de décoloration précoce des cheveux.

    Brise-glace était un fanfaron et l'Homme Rouge, un communiste.

    Quant à l'Ange, il devait son surnom à son père qui, vêtu d'un drap blanc faisait l'archange Gabriel juché sur le mur du cimetière, illuminé par un grand feu, pour impressionner les charretiers qui, au petit jour, venaient chercher le vin dans les grandes caves du bas Languedoc;  morts de frayeur, ils se voyaient délestés de quelque aumône pour la paix de leur âme ; jusqu'au jour où l'un d'entre eux, moins crédule, mit un terme à la carrière angélique de notre facétieux personnage.

    Voilà de quoi sont faits les sobriquets. Une part d'entre eux paraît vide de sens ; chaque communauté  rurale ou urbaine paraît disposer d'une série de sobriquets qu'elle distribue selon toute apparence, arbitrairement.

    Un autre lot de sobriquets, par contre, est très bien motivé et attribué en fonction de données précises qu'il est utile de connaître.


 

    Au milieu de tout cela, l'onomastique en tant que science, se doit d'avancer à coup d'hypothèses, en tâtonnant.

    Une hypothèse est une semence de vérité qui attend de trouver le terrain de la réalité adéquate pour lever ; et, si le chercheur a la joie de la voir pousser, si l'hypothèse se trouve enracinée dans la réalité qui lui correspond, il faudra encore beaucoup de soins et une humble patience pour que la vérité s'épanouisse au grand jour et porte des fruits.

 



03/08/2009
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