Noms de Familles et Noms de Lieux

LES NOMS DE LIEUX, UN PATRIMOINE IMMATÉRIEL À CONSERVER

 

 

       La toponymie et l’onomastique en général font partie d’un patrimoine immatériel.

Loin d’être une simple abstraction verbale, le nom de lieu fait partie de la réalité environnante en tant que cristallisation humaine sur du concret végétal, minéral, liquide ou bâti de main d’homme.

       Ces toponymes, signatures multiples qui émaillent le paysage, donnent lieu à des recherches où la racine étymologique et le sens occitan ou ancien occitan sont confrontés à la réalité : sa mission consiste à savoir pourquoi un nom a été donné à un lieu, dans une région donnée, à une époque donnée.

       Devant un lieu-dit Les Rives, le latin ripa « rive, bord d’un cours d’eau » et l’occitan riba « rive, berge d’un cours d’eau, pente de vallée ou de coteau » se retrouvent dans une bonne part des occurrences. Le sens de « rive, rivage » est donné à Capdenac et Saujac où il s’agit du bord du Lot. On peut y adjoindre La Rive de Sébrazac à 250 m du Lot et Rives de La Fouillade, sur le fond plat de la vallée de la Serène. On observe couramment le sens de « versant escarpé de vallée » : les communes de St-Geniez-d’Olt, St-Laurent-d’Olt, Le Truel, Moyrazès, St-Sever-du-Moustier, Combret en offrent le témoignage. Par contre, Puech des Rives et Puech de la Rive rendent plus compte du sens de « versant de montagne » que de celui de « versant de vallée ». Certaines « rives » sont sur des tables sommitales dominant un cours d’eau (St-Saturnin-de-Lenne, Villecomtal). Et il est des cas où il ne s’agit que d’une pénéplaine (Roussennac) avec sources (Ste-Geneviève-sur-Argence).

       Tout cela montre bien que la langue employée dans la désignation d’un lieu utilise un spectre très large de l’éventail des variantes sémantiques, qu’elle fait parfois preuve d’inventivité, et est l’expression d’une koinê particulière aux habitants d’un lieu à une époque donnée. La pratique de la toponymie montre à souhait que la nature n’est pas ici un paysage à décrire mais à vivre, et que loin d’y être un intrus, l’homme en fait partie intégrante.

 

 

 

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 (Vallée du Tarn dans la région de Millau - Aveyron, photo Martine Astor)

 

  

 

     La toponymie ne dégage pas que des sens ; elle dégage de vieux mots de leur gangue séculaire : des mots jamais pris en compte autant par la langue juridique des vieilles chartes que par la poésie des troubadours, des mots constituant la langue quotidienne de nos ancêtres, seigneurs ou paysans.

       La toponymie nous a fait connaître l’ancien occitan fara appellatif de la ferme (répondant à fère de l’ancien français) et ròca « château ». Elle nous donne encore, parmi bien d’autres, raust « escarpé », falç / falça au sens de « gorge, vallée encaissée », et ficha « plantée » de pèira ficha (Pierrefiche commune de l’Aveyron) pour désigner une pierre dressée là en tant que balise sur d’antiques voies de transhumance.

 

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 (Paysage alpin, photo Martine Astor)

 

 

       Libératrice de la parole des oubliés des temps jadis (c’est-à-dire la plupart de la population), la toponymie fait plus encore en valorisant les plus vieux mots de l’humanité (5000 ans à 3000 ans d’âge) dans les noms préceltiques de rivières et montagnes (Av- « eau, source », pour l’Aveyron ; Tar- « eau, rivière, montagne-mère » pour le Tarn ; Set- / Sit- «rocher, montagne » pour Sète et le mont Saint-Clair et le Sidobre) qui désignent toujours les mêmes réalités alors que l’on en a depuis longtemps perdu le sens.

 



12/05/2017
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