Noms de Familles et Noms de Lieux

Noms de familles

Privilégier un sens "germanique"

Sigaud est un nom de famille formé des racines germaniques sig- "victoire" + wald- "commander". Bien que francisé (on doit le considérer sous l'aspect d'Arnaud, Rigaud,...), il est particulièrement connu en domaine occitan : Haute-Loire, Aveyron, Bouches-du-Rhône, Alpes-Maritimes, Puy-de-Dôme.
La forme occitane est Sigal (comme on a Arnal pour Arnaud, Rigal pour Rigaud, Guibal - Guibaud, Gibal - Gibaud, Guiral - Guiraud, Giral - Giraud, Béral - Béraud, Grimal - Grimaud, Raynal - Raynaud). Sigal est bien moins connu. Il est présent dans le Tarn, l'Aveyron, le Tarn-et-Garonne et l'Hérault.


Une question est posée :  pourquoi certains Sigal ne représenteraient-ils pas le nom du seigle ? Le dictionnaire Occitan-français de Louis Alibert le reconnaît comme variante courante en languedocien.

En fait, la simple logique, nous commande de privilégier le sens de composé de racines germaniques, dans la mesure où le répondant occitan de Sigaud ferait alors défaut alors qu'il a tout lieu d'exister.



Onomastique et Généalogie


Il s'agit d'un diminutif de Ramon = Raymond.

Un diminutif francisé en -eau d'une ancienne forme Ramonèl, comme on a Moreau sur Maurel, Soreau sur Saurel.


Ici l'onomastique rejoint la généalogie puisqu'on relève la présence de Ramounau (avec seulement 5 naissances sur un siècle) dans la même zone tarnaise que Ramouneau (22 naissances sur un siècle) : région de Carmaux, Sainte-gemme. Ce qui suffit à faire considérer Ramounau comme variante de Ramouneau avec perte du e de -eau, comme on a Morau variante de Moreau, Sorau variante de Soreau et Roussau variante de Rousseau.



Diminutifs de prénoms ou de patronymes


 Bernadet peut être le "petit Bernat (Bernard)" (affectif) et / ou "le petit de Bernat" (filiation) ou bien encore "Bernat le petit" (le moins grand par rapport à un autre).



Noms d'origine


Que l'un des habitants de la ferme ou du hameau s'éloigne de quelques kilomètres , il emporte avec lui le nom de son lieu d'origine en tant que sobriquet. Qu'il s'appelle Jean, Pierre (Joan, Peire), Fabre ou Sabatier, il devient Lacombe, Puech, Bessède, Roque ou Prunier.


La généalogie ramène parfois le porteur du nom vers ce lieu d'origine.

Cela se révèle souvent douteux avec des noms de lieux très courants tels que Le Puech, La Combe ou Le Mas, mais cela devient très pertinent avec des toponymes tels que Signolles (le puits à balancier) ou Martinolles (peut-être occitan martinòla / martinhòla = martinet, le marteau-pilon du Moyen Age).



Suivant la région considérée


Suivant la région considérée, on change de racine :


Herran / Herrand gascons (Pyrénées-Atlantiques, Landes, Gironde, Hautes-Pyrénées) représente Ferrand (issu de racines discutées dont férir "frapper" par allusion à la bravoure future de l'enfant ainsi baptisé) avec passage de f initial à h aspiré.

Par contre, dans l'Aveyron, en Lozère et dans le Gard, on trouve le nom de famille Héran qui est issu d'un composé de racines germaniques heri "armée" + hramn- "corbeau"




Noms formés de racines germaniques


Ils n'ont généralement pas de sens généraux, mais parfois (par exemple pour Bertrand (illustre : berht- et hram- corbeau = messager) ont peut se demander s'il ne s'agit pas du "messager du peuple".


Prononciation locale et sens

Le nom de famille Auguy est prononcé Augüi dans l'Aubrac (extrême nord de l'Aveyron) son foyer de fréquence et le lieu où plongent ses racines. Cette seule prononciation suffit à privilégier la racine germanique Alh- (temple) + win- (ami) en invalidant l'explication traditionnelle "au Guy" = fils de Guy. Dans le composé, win aboutit souvent au produit phonétique "ouy"; ici "uy".


Graphies

Il est vraiment curieux de constater comment les régiosn se distinguent suivant l'écriture d'un nom de famille : la forme Vayssié (occ. vaissièr, vannier, qui travaille les branches de noisetiers) est très connue dans l'Aveyron et bien plus qu'ailleurs : 146 naissances au siècle dernier pour Vayssié et 71 pour Vayssier.
Par contre la forme Vayssier est plus connue dans le Cantal.


Masculin - Féminin

Au sujet de Vayssier, et ce n'est pas une règle : bien plutôt une exception le masculin vaissièr est un nom d'agent, un nom de métier : vannier, celui qui fait des paniers avec des scions de noisetier sauvage. On déduit cela de l'absence du toponyme.
Alors que vaissièra est le lieu où abondent les noisetiers sauvages : las vaissas. Sous diverses graphies, il est amplement connu de la toponymie.


Le concile de Trente

Réuni par les papes successifs Jules III, Paul III et Pie IV, le concile oecuménique de Trente de 1545 à 1552 avec interruption de 2 ans, puis 1562 à 1563, est une période clef pour les noms de baptême.
A partir de cette époque les baptêmes chrétiens s'imposèrent le choix d'un saint du calendrier. Pour l'onomastique, les noms de familles sont déjà fixés.




Gazagne(s)

 

            Il est utile de mettre en évidence à côté du sens de gasanhar « gagner péniblement sa vie », les sens spécialisés de « labourer (un champ,…) » et « labourer pour quelqu'un pour un gain fixé d'avance ».

            C'est de la confrontation de gasanhar avec les sens spécialisés connus de gasanha que peut naître un éclairage plus précis sur le sens du nom de famille en question.

           Outre qu'il a présenté le sens de « profit, gain », gasanha appartient également aux domaines de sens de « travail », « récolte » « terre labourable » et « lettre de certification ».

            Il faut noter la relative absence du toponyme GAZAGNE(S) dans l'Aveyron, aussi bien dans la toponymie des lieux habités (hameaux, fermes) et des lieux-dits que dans les cadastres.

Les cartes I.G.N. au 25 000 nous livrent, pour tout le Midi de la France, 5 exemplaires dignes d'intérêt : GAZAGNE, lieu habité de la commune de Bessens, dans le Tarn-et-Garonne ; GAZAGNES, lieux habités à Saint-Sauveur-de-Cruzières (Ardèche) et Lombers (Tarn), EN GAZAGNES à Montjoire dans la Haute-Garonne, LES GAZAGNES à Châteaurenard (Bouches-du-Rhône), GAZAGNE-et-Vitailles à Châteauneuf-de-Gadagne (Vaucluse) et enfin MALAGAZAGNE et Ruisseau de MALAGAZAGNE à Saint-Chély-d'Apcher (Lozère). Le sens de terre de labour, lieu de production agricole peut être retenu pour l'ensemble. Mais on peut aussi supposer, tout au moins pour une part d'entre eux (spécialement Malagazagne), une variante gasanha de gasana « bas fond mal drainé ».

La rareté ou l'absence de GAZAGNE(S) confrontée avec sa présence non négligeable dans l'Aveyron, la Lozère, l'Hérault et la Haute-Garonne, nous fait plus souvent voir dans l'anthroponyme un nom d'état social qu'un nom d'origine. Nous penserons à une sorte de contrat de travail par lequel un paysan louait temporairement ses services, un paysan disposant d'un train de culture et louant ses bras, son matériel aratoire et ses animaux de trait.


Alric, une exception

 parmi les composés germaniques

 

 ALRIC est particulièrement répandu dans le département de l'Aveyron, le Tarn et l'Hérault.

 On reconnaît en finale la fameuse racine ric signifiant « puissant ».

 Al-, la première syllabe, se rattache à l'allemand et à l'anglais all… « tout ».

 De manière inaccoutumée, ce composé a un sens global (alors que Enric ne signifie pas « puissante maison », Galtier, « armée qui commande » et Guilhem « heaume volontaire »). Ici al-ric- signifie « tout-puissant ».

 C'est également le sens d'Alaric (porté par Alaric II, le plus puissant des rois des Wisigoths) qui présente la racine Ala- dans son état premier.

  Il faut rapprocher Alaric du nom de famille ALARY qui est une forme francisée (donc avec perte du c final de la prononciation comme de la graphie.

 

 

 

Il y a ville neuve et ville neuve

 

 

Même si dans l'ancienne langue, viala a aussi le sens de « ville » car il s'agit du même terme (viala étant une variante de vila, ferme, hameau, village, ville), La VIALE, LA VIALE ne déborde pas, en toponymie, le sens  de « ferme » ou « hameau ».

Il en est ainsi de VIALENEUVE, ferme de la commune de Broquiès (Aveyron), Villeneuve sur la carte de Cassini (1769-70 - 1772-4) qui est à envisager au sens de « ferme neuve », synonyme de Mas Neuf / Mas Nau. Il en sera de même pour VIALANEUVE, ferme de la commune de Laval-Roquecézière  (à l'ouest de La Verdolle) et VIALANEUVE au nord-ouest de Pomayrols.

Et la francisation en « ville » ne doit pas faire illusion : on a vu que Vialeneuve de Broquiès était porté Villeneuve sur la carte de Cassini sans que cela ne change en rien son statut. Il en sera de même pour Villeneuve hameau de Rivière-sur-Tarn (même dép.) et Villeneuve de la commune de Lescure-Jaoul (même dép.).

 

 

 Auguy à prononcer "Augüy"

 

 

380 naissances au siècle dernier (1891-1990) pour 705 sur le plan national montrent que l'Aveyron est le département ou a fait souche le nom de famille Auguy. Il est loin devant Paris, département d'immigration (92 naissances) et la Lozère (50) ; le Cantal n'en ayant que 18 et le Tarn, 15. Sa souche est dans l'Aubrac : dans l'ordre d'importance, ses foyers de fréquence en sont Prades-d'Aubrac, Saint-Chély-d'Aubrac, Aurelle-Verlac, Laguiole, Condom-d'Aubrac, Soulages-Bonneval, Montpeyroux, Curières et Cassuéjouls. En second lieu, le nom de famille en question investit l'est de les pays d'Olt : Castelnau-de-Mandailles, Saint-Geniez-d'Olt, Saint-Côme-d'Olt, Estaing.

Son voisinage avec le Cantal et la Lozère montrent une diffusion de proximité dans les départements voisins dont l'extrême nord-Aveyron est limitrophe. Quant à l'émigration vers Paris, elle est sans surprise, dans l'Aubrac plus qu'ailleurs.

Ce nom de famille ne signifie pas « au Guy » c'est-à-dire « fils de Guy » comme envisagé par le dictionnaire de Marie-Thérèse Morlet pour les exemplaires du Berry et du Bourbonnais, mais est issu d'un composé germanique. Il s'agit d'un composé de alch- réduction de alah- « sanctuaire, temple » et de win- « ami ».

 La prononciation « Augüy » est révélatrice de ce sens. Les formes anciennes données par Les noms de personnes sur le territoire de l'ancienne Gaule du Ve au XIIe siècle présentent ce phonétisme à partir d'Alchvinus : Alchuinus, Alcuinus, Alguinus. On observe déjà dans ces formes l'affaiblissement du c en g. Le l avant consonne s'est vocalisé en u : d'où Au-. Et le -in final est prononcé i en domaine méridional comme dans Moulin > Mouly, Martin > Marty.

 

 

 



21/08/2009
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