Noms de Familles et Noms de Lieux

Quelques noms de familles du nord-est de l'Aveyron

 

 

Austruy

 

 

Avec 367 naissances pour 1056 unités sur le plan national, AUSTRUY a l’Aveyron pour département de référence. Outre Millau et Rodez, les principaux foyers de fréquence en sont la Viadène (Saint-Hippolyte, Florentin-la-Capelle), les Pays d’Olt (Estaing, Entraygues-sur-Truyère), le Carladez (Lacroix-Barrez), le causse Comtal (Rodelle), le Capdenagais (Bouillac) et le Vallon (Sébrazac).

Outre Paris lieu d’immigration (129 naissances), le Lot, l’Hérault, le Lot-et-Garonne et le Tarn sont également des départements où le nom de famille Austruy s’assure une fréquence notable.

 

WIN

Son second élément est facilement identifiable : il s’agit du germanique win-, ami, que l’on retrouve dans toutes les finales en -uy / -ouy, qui sont des graphies phonétiques d’un produit graphique -oin ; celles d’ALBOUY (avec alp- > alb-, elfe), AUDOUY (avec aud- de audags, félicité (bonheur)…

D’après Marie-Thérèse Morlet, il pourrait être mis en relation avec la racine indo-européenne aues, briller. D’après Albert Dauzat (DNFPF), il représente la même racine aust- « est, orient » que Oesterreich > Autriche (empire de l’Est) et Ostrogoth (Goth de l’Est).

On connaît également la forme OUSTRUY, connue dans la région de Gaillac (Tarn).


RIC

On retrouve l’élément austr- associé à ric-, puissant, avec AUSTRIC (bien connu à Toulouse et Haute-Garonne, l’Hérault), EUSTRIC, et AUSTRY, OUSTRY (avec chute du c final et francisation).

 

Arnal

 

 

 

Le nom de famille ARNAL est bien connu dans l’Aveyron, l’Hérault et le Gard.

Il est composé de la racine ar(i)n- « aigle » associée à waldan « commander ».

Il est à envisager sous la perspective des  anthroponymes formés de racines germaniques ayant pour racine un nom d’animal :

- bern- « ours » représenté par  Bernard / Bernat ;

- eber-  « sanglier » présent dans Hébrard ;

- hramn- « corbeau » (symbole du messager) contenu dans Bertrand, Fulcrand ;

- wulf- « loup » donné par Razouls (= Raoul) et particulièrement ARNOUL (Gironde), ARNOUX (Bouches-du-Rhône, Vaucluse).

 

La forme ARNAU est connue du département de l’Hérault.

Mais on a le plus souvent affaire à la forme francisée ARNAUD qui est répandue dans toute la France. Avec 40132 naissances au siècle dernier (1891-1990), ARNAUD est au 70e rang des 100 noms de familles les plus connus de France. Les départements occitans de plus forte fréquence de ce nom de famille sont les Bouches-du-Rhône  (au 1er rang), la Gironde (au 3e rang) et l’Hérault (8e rang). Suivent l’Ardèche, le Puy-de-Dôme-, le Var, la Haute-Loire, le Gard pour ne citer que les départements ayant une fréquence dépassant les 800 naissances sur un siècle, car tous les autres départements sont représentés dans cette expansion.

 

 

 

Delmas

 

 

 

Des origines au XIXe siècle

 

Le latin mansus est à l'origine de l’occitan mas et de l’ancien français mes, meis, mais. Il s’agit d’un participe de maneo, séjourner, qui est à l’origine de « maison » (maison occitan), « manoir » et «manant» (manenc  occitan) .

Dès le début, le terme paraît avoir désigné les locaux d’habitation et les bâtiments à agricoles (étable, grange...) avec leurs dépendances  (jardin, cour et verger).

Le droit seigneurial élargit le sens de mansus que les historiens traduisent par «manse»: le mansus  était l’unité d’exploitation imposable; c’est-à-dire la superficie agricole exploitée : champs, prés, vignes.

Dans Le Rouergue au tournant de l’An Mil, Frédéric de Gournay écrit (p. 294) : « Le mas peut être considéré comme la cellule de base de la seigneurie rouergate, son principal champ d’application. »

La toponymie aveyronnaise comporte un grand nombre de Mas : 34 Le Mas et 400 Mas avec déterminant : épithète (Le Mas Nau, Le Mas Haut) ou complément de nom (Mas-Marcou, Mas Rougié, Mas de Puel, Mas del Bosc, Mas de la Fon). Soit en gros le double des occurrences de Borie : 64 La Borie et 140 Borie avec déterminant .

Evaluer l’importance du mas à époque médiévale, celle où se fixèrent les noms de familles issus de noms de lieux, c’est accepter de tenir compte de toutes les possibilités d’évolution de sens : depuis la métonymie qui ne considére qu’un aspect de la ferme (bergerie, étable, grange), jusqu’à l’évolution économique qui lui donne une orientation différente (le mas du bord de l’étang de Thau, dans l’Hérault, où sont recueillies et traitées les récoltes d’huîtres et de moules) en passant par l’évolution démographique qui, suivant les époques et suivant les régions,  fait évoluer le mas de la ferme jusqu’au village : Mas-Saintes-Puelles, dans l’Aude (De Sanctas Puellas  en 960 [les saintes jeunes filles], de Manso  en 1241-1242) était déjà un village à l’époque du Moyen Age cathare.

Cette progression sémantique est demeurée dans la langue à tel point que l’abbé Vayssier, dans son Dictionnaire patois-français du département de l’Aveyron, donne «Mas, hameau, petit village où il n’y a que quelques maisons, quelquefois une seule».

Il faut confronter cette définition qui date du milieu du XIXe siècle, avec celle de la bório, bouório de la même époque et du même auteur : « ferme, métairie, domaine, propriété considérable ou ensemble de propriétés avec maison pour le fermier ou pour le propriétaire, ou même pour les deux. Le propriétaire exploite lui-même ou fait exploiter par un fermier, par un métayer ou par un régisseur ».

 

 

De la ferme ou du hameau

à l’habitant

 

Comme cela fut le cas pour nombre de noms de lieux devenus noms de familles, celui du Mas a été conservé de multiples fois.

Les Joan del Mas, les Peire del Mas du Moyen Age, distingués des Joan de la Font, Peire del Puech et Andrieu del Pont sont encore et toujours continués par les DELMAS d’aujourd’hui où del (préposition + article défini contracté) s’est fort bien maintenu ; ce qui ne fut pas le cas pour les groupes nominaux où l’article se trouvant devant un nom féminin, n’était pas élidé : del mas, del pont, del mur, del puech à l'origine de Delmas, Delpont, Delmur, Delpuech, alors que de la fònt, de la pòrta, de la ròca ont perdu leur préposition pour donner Lafont, Laporte, Laroque.

 

DELMAS a joui d’une remarquable expansion : 17457 unités sur le plan national sur un siècle, de 1891 à 1990. Le département de référence en est l’Aveyron. Parmi les principaux foyers d’expansion, on note (outre les grands centres de Rodez, Millau, Villefranche-de-Rouergue), le Saint-Affricain, le Carladez (Lacroix-Barrez, Thérondels), le Pays Noir (Decazeville), la Viadène (Saint-Hippolyte), le Lévézou (Salles-Curan) et l’ensemble du Ségala (Réquista, Calmont-d’Olt, Flavin, Rieupeyroux).

 

La forme francisée DUMAS est deux fois plus connue. Elle a pour départements de référence la Loire, le Gard, la Gironde et le Puy-de-Dôme.

 

Le simple MAS (où l’article del / du a disparu) a connu une grande extension : 10257 naissances sur le plan national. L’Hérault en est le département de référence, suivi de la Corrèze, du Tarn, de l’Aude, des Pyrénées-Orientales et du Cantal. L’Aveyron des Mas se trouve à la 10e place avec 30 % des effectifs de l’Hérault.

 

L’Aveyron est département de référence pour le pluriel DESMAZES de DELMAS où l’évolution dels mases > desmases ne pose guère de problème de compréhension à condition de savoir que le pluriel de mas est mases (prononcé másès). Le chiffre d’expansion de DESMAZES est de 273 sur le plan national, dont 101 pour l’Aveyron. Il est donc sans commune mesure avec celui des noms de familles ci-dessus. Outre Rodez et Millau, ses principaux centres d’expansion sont le Lévézou (Pont-de-Salars, Vezins-de-Lévézou),  le Pays Noir (Decazeville), l’est de la vallée de l’Aveyron et le causse de Villeneuve  (La Capelle-Balaguier).

 


Arènes

 

Il s’agit d’un nom de lieu passé à l’habitant. Dans l’Aveyron, on connaît le hameau d’Arènes dans la commune de Saint-Léons et le roc de l’Arène à Saint-Symphorien-de-Thénières.

Comme pour tous les noms avec e final de la francisation (a final occitan) c’est le s final qui fait la différence : le nom de famille ARÈNES a le Lot pour département de référence suivi du Lot-et-Garonne et de l’Aveyron. Sans s final, bien plus connu, ARÈNE est provençal (Var, Vaucluse, Bouches-du-Rhône, Gard).

 

Coste(s)

 

 

Costes / Coste noms de familles

 

Le phénomène déjà observé pour le nom de famille Serre / Serres se déroule à l’identique pour COSTE / COSTES. La forme sans le s du pluriel est de loin prédominante sur le plan national : 18192 naissances sur un siècle pour Coste contre 7560 pour Costes.

Par contre, l’Aveyron qui est à la portion congrue pour COSTE (156 naissances en regard des 1381 de l’Ardèche et des 956 du Gard) est département de référence pour COSTES en cumulant grosso modo un tiers des naissances (2540 réparties entre Rodez, Villefranche-de-Rouergue, Millau, Decazeville, Salles-Curan et Saint-Affrique pour principaux lieux d’expansion).

Les principaux foyers de fréquence de ce dernier se croisent avec ceux de Coste (sans s) sur Saint-Affrique et Rodez. Par contre, Coste est plus présent que Costes à Camarès, Nant et Rebourguil.

On trouve parfois le nom de famille LACOSTE avec l’article la collé au nom. Il est plus connu dans le plein Sud-Ouest (Gironde, Dordogne, Pyrénées-Atlantiques) et, sur le plan national, ses 15280 naissances lui permettent de rivaliser avec Coste.

Néanmoins les Lacoste aveyronnais ont leur existence (211 naissances) et, outre Rodez, ont pour principaux foyers de fréquence des communes de l’ouest (Decazeville, Capdenac, Aubin).

 

 
La Coste / Les Costes noms de lieux

 

Ces patronymes trouvent leur origine dans le nom de lieu LA COSTE / LES COSTES qui est très fréquent dans l’Aveyron  comme dans bien d’autres.

Citons pour exemple le hameau de LA COSTE dans la commune d’Alrance au pied d’une hauteur de 130 m  dont le versant présente une importante déclivité sur laquelle progressent 4 chemins.

Les occurrences du pluriel LES COSTES sont beaucoup plus nombreuses et, hormis Les Costes-Gozon (où Les Costes s’adressent aux versants du petit plateau où se trouve la commune), il s’agit de lieux-dits. Il y a donc apparemment adéquation entre l’expansion de l’appellatif còsta au pluriel et celui des Costes noms de familles. Nombre de ces lieux-dits sont des fermes abandonnées depuis des époques fort variables.

 

 

Cantagrel

 

 

Mesurons la diversité d’oiseaux et d’insectes chantant dans les pays d’Oc.

En premier lieu, le grillon, lo grelh   dans les nombreux CANTAGREL du Lot, du Cantal et particulièrement de l’Aveyron, qui possède 8 occurrences : 2 noms de hameaux dans les communes d’Espeyrac et du Nayrac ; 4 noms de fermes dans les communes de Lunac, Moyrazès, Saint-Christophe-Vallon et Sanvensa (Cantagrel le Haut et Cantagrel le Bas) ; deux lieux-dits à Villeneuve et à La Couvertoirade ; sans oublier Cantegrel (francisé), lieu-dit de Salles-la-Source.

Dans l’Aveyron, la fréquence du toponyme est d’une importance telle que l’Aveyron est devenu   premier département de référence pour le nom de famille CANTAGREL issu de nom de lieu et dont les foyers de fréquence collent avec la zone d’expansion du toponyme : particulièrement le nord-ouest de l’Aveyron.

On connaît aussi des CANTEGRILS dans l’Hérault (com. d’Argelliers et Montagnac).

En zone nord-occitane nous connaissons CHANTEGREL   / CHANTEGREIL (Dordogne, Puy-de-Dôme), CHANTEGRIL   (très nombreux en Corrèze).

 

 

 

 

Combe(s)

Lacombe

 

 

           

Combes, Combe, Lacombe

En domaine méridional, les noms de familles COMBES, COMBE et LACOMBE sont aussi connus que Fabre ou Mas / Delmas.  Avec 11500 naissances sur le plan national au siècle dernier (1890-1990), il fait partie des noms de familles courants. Ce fort taux d’expansion s’explique par le fait que le terme « combe » est franco-occitan et que l’on trouve aussi bien des Combe(s) en pays d'Oc qu’en pays d'Oïl. A noter, toutefois, que le gros de cette expansion s’est faite au sud de la Loire. La plus grande fréquence des COMBES est dans le Tarn et l’Hérault (pour une bonne part département d’immigration tarnaise et aveyronnaise). Après Tarn et Hérault qui ont déjà cumulé plus de 3700 naissances, viennent l’Aveyron (737), l’Aude, la Haute-Garonne, le Cantal, la Corrèze, le Gard, les Bouches-du-Rhône, le Lot-et-Garonne, le Puy-de-Dôme, le Lot, la Lozère, le Tarn-et-Garonne et les Pyrénées-Orientales. A quelques exceptions près (Hérault, Landes), il s’agit d’un nom de famille du Sud-Sud-Ouest.La forme COMBE (sans s) est un peu moins connue : 9788 naissances. Ses départements de référence sont l'Ardèche (772 naissances), la Drôme (642), le Gard (514), les Bouches-du-Rhône (429), le Vaucluse (399) suivis du Puy-de-Dôme, de la Corrèze, des Hautes-Alpes, des Alpes-de-Haute-Provence, du Cantal, de l’Hérault et de la Dordogne. Il s’agit d’un nom de famille du Sud-Est (avec émergence à l’Hérault) et de l’Auvergne (avec émergence à l’ouest sur la Corrèze, la Dordogne et les Landes).

Avec 16262 naissances au siècle dernier sur le plan national, LACOMBE est au e  rang des noms de familles les plus répandus de France. Les départements occitans de plus forte fréquence  de ce nom de famille sont l’Aveyron (1er rang  des départements  de France et 1945 naissances), la Dordogne  (2e rang), la Gironde  (4e rang), le Lot-et-Garonne (5e rang), le Lot (6e rang), la Haute-Garonne (7e rang), l’Hérault (9e rang) et à la suite, la Corrèze, le Tarn, le Tarn-et-Garonne, le Cantal et le Puy-de-Dôme pour ne citer que les départements ayant une fréquence dépassant les 300 naissances sur un siècle, car tous les autres départements sont représentés dans cette expansion.Notons que Gaston Lacombe, l’un des plus connus des Lacombe aveyronnais, était natif de Camboulazet.

Dans la cartographie aveyronnaise, la carte IGN au 25 000e donne 168 LA COMBE et 15 LACOMBE avec agglutination de l'article la.A la différence de Fabre ou Mas / Delmas, la particularité de COMBE(S) est que le terme est commun au français et à l’occitan qui l’ont hérité du gaulois cumba qui avait le sens d’auge puis de vallée.Selon les régions et surtout selon le relief du lieu, la combe a des aspects divers qui ne collent pas toujours avec le sens de « vallée sans ruisseau », « vallée sèche » donné par le Dictionnaire des noms de lieux de France de Dauzat & Rostaing.

Cette définition est bonne dans le cadre du relief caussenard : sur le Larzac, la COMBE LEURIÈRE (dans la com. de St-Michel) est un affaissement dans un versant de plateau ; à Millau, COMBECALDE est une profonde et large entaille sur un versant du causse Rouge ; et, sous les falaises du causse, le nom de la ferme des COMBES HAUTES se rattache topographiquement au ravin de Boultou qui débouche sur le carrefour de Bèche. Sur le causse Noir, le Ravin de COMBE ESCURE (com. de St-André-de-Vezines) est un pli montagneux débouchant sur le long Ravin  du Riou Sec qui descend jusque dans la vallée de la Dourbie.Mais ailleurs, dans les monts d’Aubrac, dans le Ségala, le Lévézou, l’idée de « vallée sèche » n’est pas toujours vérifiée. Il n’est que de citer par exemple, COMBE ESTREBIÈRE, profonde vallée boisée, qui a donné son nom à un ruisseau au nord-est de Castelnau-de-Mandailles ; l’abbaye de BONNECOMBE, dans la vallée du Viaur ; ou bien encore COMBE BASSE, dans la vallée du ruisseau de la Maresque, au sud de Recoules (com. de Recoules-Prévinquières).

 

 

Chayrigués

 

Malgré son ch initial, CHAYRIGUÉS est un nom aveyronnais : pour 325 naissances au siècle dernier (1891-1990), 183 sont aveyronnaises et particulièrement dans l’est du département (Saint-Saturnin-de-Lenne, Lapanouse, Saint-Martin-de-Lenne, Sévérac-le-Château, Campagnac).

Il renvoie à une forme ancienne de Chirac, nom de  commune de la Lozère proche.

L’étymologie de Chirac renvoie à un collectif en -ac de cheire « rocher » où cheirac  signifie « tas de rochers, lieu où les rochers abondent ». On rencontre aussi les formes cher (Le Cher de Nasbinals, de Sainte-Colombe-de-Peyre). Dans la dérivation en –ac, ei s’est réduit à i, ce qui n’a pas eu lieu pour Chayrigués dont le suffixe -és signifie « habitant de, région de » (comme on a Caldagués = habitant de Chaudes-Aigues ou Malgouyrès = pays de Mauguio, Hérault).

Ici diphtongue et voyelle ont alternativement réagi l’une envers l’autre :

D’une part Cheiragués > Cheiregués > Cheirigués ;

D’autre part  Cheirigués > Chairigués.

Notre préférence ira vers le sens de « région de Chirac » en tant qu’unité politique et commerciale à partir du XIe siècle (précisément en 1062), autour du monastère bénédictin de Saint-Sauveur, fondé par Astorg Ier de Peyre, sans doute dans le site du village du Monastier qui lui doit son nom. Les bénédictins acclimatèrent la vigne sur les pentes volcaniques et ensoleillées de la Fare. Promoteur de l’industrie lainière qui tiendra une place importante à Chirac et dans le Gévaudan. Ils apportent aussi la technique du corroyage (assouplissement du cuir). Ils initièrent enfin la culture du safran (150 000 fleurs donnent 1 kg de pistils secs).

Le premier porteur de ce nom peut ne pas être un originaire de cette contrée (et même il y a peu de chances pour que c’ait été le cas) ; ce fut sans doute un commerçant, un muletier qui faisait de constant aller retour entre le Rouergue et cette région du Gévaudan.

 

 

 

Lombard

 

A l’Italie et ses banquiers et marchands lombards et gênois, on doit les patronymes LOMBARD, LOMBARDON, GINOUVÉS (Var, Hérault, Bouches-du-Rhône), GENOVÈS (rare)(sur Ginovese  italien).

Les statistiques INSEE enregistrent plus de 15845 naissances au siècle dernier (1891-1990) sur le plan national; ce qui le met au 284e rang des noms de familles les plus répandus de France. Les départements occitans de plus forte fréquence de ce nom de famille sont les Bouches-du-Rhône (1er  rang), la Drôme (7e rang), le Vaucluse (8e rang), Var (12e rang), Hautes-Alpes (15e rang), Alpes-de-Haute-Provence (24e rang) et Alpes-Maritimes (25e rang) et la Drôme (22e rang). Suivent le Gard, l’Ardèche, le Cantal, l’Hérault, Gironde, Aveyron et Tarn, pour ne citer  que les départements ayant une fréquence dépassant les 90 naissances sur un siècle, car tous les autres départements sont représentés dans cette expansion.

 

 

 

 

Mercadier

 

 

 

L’Aveyron, le Tarn et le Tarn-et-Garonne sont les départements de référence du nom de famille MERCADIER. Son expansion se fait principalement dans le nord-nord-ouest de l’Aveyron : Aubrac (Prades-d’Aubrac, Aurelle-Verlac), Villefranchois, pays Noir (Decazeville, Viviez), ouest du Ségala (Quins, Colombiès, Castanet)…

La forme phonétique MERCADIÉ est plus répandue dans le Tarn-et-Garonne, le Lot et le Lot-et-Garonne.

Avec ouverture de e en a devant r, on a MARCADIER dans la Gironde et MARCADIÉ dans le Lot-et-Garonne et le Lot.

Il s’agit d’un nom de marchand, d’un sobriquet de profession demeuré à l’individu et fixé comme nom de famille du XIIIe au XVe siècle.

Le français « marchand » et « marché » sont issus de la même racine. On remarquera chez eux la même ouverture du e en a constatée ci-dessus pour MARCADIER.

La racine en est le latin merx, mercis « marchandise » à l’origine des dérivés latins mercor « acheter, faire du commerce » et mercatus « commerce, marché public ».

 

 

Mercat, Mercadet

Des marchés en plein vent

 

Ce que l’on sait moins est que le commerce du Moyen Age était bien différent de celui de la société de consommation des XXe et XXIe siècles. Il était pour l’essentiel un négoce de plein vent lié au calendrier des foires et marchés où céréales, vins, draps, cuirs et peaux voisinaient avec volailles, et autres animaux d’élevage ou de trait. Le marché était également le lieu de vente, aux particuliers comme aux revendeurs, des objets les plus divers (des lampes aux couteaux en passant par les peignes), sans oublier cordes, chaînes, clouterie, courroies et friperie.

Dans bien des villes, la halle en bois ou en pierre était le centre névralgique de ce commerce. Elle était bien souvent entourée de caves où étaient entreposés grains, liquides et autres denrées qui demeuraient là d’un marché à l’autre.

Les noms de familles MERCAT et son diminutif MERCADET (petit marché) bien connus dans le Lot, de même que MERCADAL (mercadal / mercadial, dérivé en -al de mercat) patronyme du Tarn-et-Garonne et du Tarn, évoquent le marché comme zone d’habitation et peut-être même, dans certains cas, le préposé au bon fonctionnement du marché sinon le marchand.

 

 

Mercier

 

L’occitan mercat, mercadier tout comme le français « marché, marchand » ont pour lointaine origine le latin merx « marchandise ».

Ce dernier avait déjà donné mercatus « transaction commerciale, lieu des transactions commerciales » où mercat et « marché » trouvent leur origine.

De la même origine le français et occitan mercier qui, sans doute issu d’un bas latin merxarius, signifiait « marchand » ; et son activité pouvait aller de celle du négociant en gros à celle du simple commerçant. C’est dans cette fourchette de sens qu’il faut envisager le sobriquet de profession MERCIER, MERCIÉ.

Ce n’est que plus tard, par l’activité du colportage de ferme en ferme, des boutons, dentelles, fils et rubans, autant de produits que l’on ne trouvait pas d’une autre manière que le colporteur devint le marchand, le mercier par excellence.

Si MERCIÉ n’est qu’occitan et peu courant (193 naissances avec la Haute-Garonne, le Tarn-et-Garonne, le Tarn et le Lot pour départements de référence, MERCIER est franco-occitan. Les statistiques INSEE enregistrent sur ce nom 57 294 naissances au siècle dernier (1891-1990) sur le plan national; ce qui le met au  rang des 100 noms de familles les plus répandus de France. Les départements occitans de plus forte fréquence de ce nom de famille sont la Gironde (18e rang), le Gard (30e rang), la Dordogne  (38e rang), le Puy-de-Dôme (39e rang) et la Corrèze (45e rang). Suivent les Bouches-du-Rhône, le Cantal, le  Vaucluse, la Haute-Garonne, l’Ardèche et l’Hérault, pour ne citer  que les départements ayant une fréquence dépassant les 300 naissances sur un siècle, car tous les autres départements sont représentés dans cette expansion.

 

 

 

 

 

Capus

 

Un carpentier  pouvait être mestre d’aissa  («de la grande cognée», c’est-à-dire «charpentier», mais aussi fusteiret  («de la petite cognée»), c’est-à-dire «menuisier».

   Soulignons que, étymologiquement «charpentier» signifie «charron»; c’est le sens de carpentarius  latin; dérivé de carpentum, terme latin emprunté au gaulois, désignant un char à deux roues.

   L’étude du nom de famille CARPENTIER / CARPENTER (du Sud-Ouest) est donc soumise à cette polysémie.

 

   Le nom de famille FUSTIER recouvre cette même dualité de sens.

   «Petite Fusterie» et «Grande Fusterie» divisent en deux les travailleurs du fust  qui peut être, en occitan, aussi bien le tronc équarri que le bois d’œuvre en général.

   Deux noms de famille pourront être classés dans l’une ou l’autre des deux catégories.

 

   Le nom de famille MENUSIER (menuisier) se range lui-même dans la «petite fusterie»:

   un arrêté de 1382 a autorisé les faiseurs de meubles, portes, lambris et objets divers à s’appeler ainsi, vu qu’ils «amenuisent les bois en les rendant plus menus, plus minces...».

 

 

Ensuite, CAPUS languedocien (pensons à la place du Capus à Béziers), CHAPUS auvergnat, CHAPUSET, CHAPUSOT, et CHAPUIS franco-provençal (Franche-Comté,...) ont trait à l’équarrissage du bois, à la mise en forme première à partir du tronc.

   L’occitan capusar  et l’ancien français chapuiser  trouvent là leur sens.

   C’est donc à un nom de charpentier que nous avons affaire ici en tant que faiseur de poutres (v. aussi CAPOULADE à COUSINIER).

 

 

 

 

 

Puel

 

Le nom de famille PUEL représente l’occitan puèlh, jet de plante, pousse.

Le terme est un dérivé en -ellum du bas latin puga qui a donné l’occitan pua, pointe (de fourche…). La graphie avec lh final nous le fera considérer comme un déverbal de puelhar, pousser, germer.

Albert Dauzat (DENFF) a interprété le terme au sens de « taillis » et Marie-Thérèse Morlet, dans DENF, émet l’hypothèse de « bois en puel », c'est-à-dire nouvellement coupé.

L’un et l’autre auteur voient donc dans ce nom de famille, un nom de lieu d’origine passé à l’habitant. Or le problème est que nous ne connaissons pas de lieu-dit répondant à ce nom.

En fait, il semble que, au point de vue onomastique, le terme relève de l’anthroponymie pure, et que le sens de « rejeton » peut très bien sous-tendre un sobriquet donné à l’enfant, un surnom descriptif donné à un individu petit et fluet ou bien encore au cadet d’une famille.

 

Pitot

 

Le Dictionnaire étymologique de la langue française de Bloch et Wartburg a donné la première attestation bas latine de l’adjectif « petit » dans un texte de 775 : in pitito villare, dans un petit domaine.

PETIT nom de famille (105463 naissances : 4e rang) est aussi connu du domaine d’Oc que du domaine d’Oïl car l’épithète, sobriquet de l’individu de petite taille appartient aux deux domaines linguistiques.

L’occitan a en propre les dérivés diminutifs pichon et pichòt représentés par les noms de familles PICHON (19808 naissances : 193e rang), PICOU (Aveyron, Hérault, Tarn-et-Garonne), et PICHOT (Puy-de-Dôme, Cantal) et PITOT (Vaucluse, Cantal, Lot-et-Garonne, Lozère). La racine en est picc- représentée par l’italien piccolo qu’il faut considérer comme variante de pitt-.

Une autre variante pecc-, donnée par l’espagnol pequeño, petit, est représentée par l’occitan pequin, chétif, malingre, d’où les patronymes PÉQUIN, PÉCHIN, PÉCHON, PÉCHOU (forme phonétique), PÉCHOUX avec x final parasite.D’autres variantes sont connues à partir de termes du même sémantisme.

Chic, petit, en gascon, représenté par les patronymes CHIC, CHICON, CHIQUET peuvent se retrouver avec l’espagnol chico, enfant, autour d’une racine cicc-.

Les noms de familles gévaudanais TICHET et TICHIT rendent enfin la même idée, selon Albert Dauzat, à partir d’une racine ticc- / tecc-,tic / tèc a, comme pèc, évolué du sens de « petit, petit enfant » à celui de « niais, stupide ».

 


Grousset

 

Nom de famille, GROS est un sobriquet s’adressant à un individu obèse (v. GRAS).

   Les formes diminutives en sont GROSSET (Côte-d’Armor, Seine-Maritime), GROUSSET (Hérault, Lozère, Gard, Aveyron), GROSSIN, GROUSSIN, GROSSON, GROUSSON (Ardèche, Haute-Loire, Drôme) et GROSSOT. Le diminutif paraît ici faire office de distinctif entre homonymes ou bien d’un cousin du même nom ayant hérité d’un sobriquet déjà fixé pour désigner une famille tout entière.

   Remarquons encore le dérivé augmentatif en -ard, GROUSSARD (Ille-et-Vilaine, Deux-Sèvres), avec le sens de «très gros».

 

 

Gal

 

De nombreux GAL (Gard, Var, Aveyron), GAU (surtout Tarn, puis Hérault, Aveyron) et JAU (Tarn, Haute-Garonne) représentent le nom de saint Gal, évêque de Clermont-Ferrand au VIe siècle. Ce nom de saint est à l’origine des noms de localités SAINT-GAL de la Lozère, SAINT-GAL-sur-Sioule du Puy-de-Dôme et SAINT-JAL de la Corrèze.

   Ce nom de saint est un cognomen très fréquent à époque gallo-romaine. Il signifie Gallus, Gaulois ou gallus, coq, avec un sens figuré.

 

   Une bonne proportion de ces noms de familles représente en fait ce dernier sens en tant que sobriquet évoquant, sous le nom de ce volatile, un port altier, un certain orgueil fondé ou non sur une position sociale élevée.

   De nombreux diminutifs évoquent le coquelet, le jeune coq.

   Diminutifs:

   - en -in  : GALIN, GALY(Ariège, Haute-Garonne, Aude, Hérault,Tarn, Aveyron),  GALLY (Gironde, Aude, Hérault (forme phonétique); et les dérivés à double suffixe GALINET et GALINAUD;

   - en -et  : GALET (pays d’Oïl, mais Lot-et-Garonne, Lot), GALLET (pays d’Oïl, mais Gard, Hérault);

   - en -on  : GALON (Dordogne, Gard, Vaucluse), GALLON (Puy-de-Dôme, Haute-Loire);

   - en -òt  : GALOT, GALLOT.

   Les trois derniers dérivés sont connus de l’occitan avec le sens de jeune coq, petit coq ou poulet. Aucun sens figuré ne leur est attaché.

   Seul galinet  emporte le sens de «coquet, galantin».

   C’est en fait le sens figuré (à l’origine du français «coquet») qui est sans doute à l’origine des sobriquets en question.

 

 

 

 

 



17/05/2013 0 Poster un commentaire

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