Noms de Familles et Noms de Lieux

Noms de Familles et Noms de Lieux

AUX RACINES DE LA LANGUE : ASSIETTE

 

AUX RACINES DE LA LANGUE..

 

 

Assiette

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Il arrive souvent que l’on ne soit pas dans son assiette. On croit souvent que cela signifie  « chipoter », ne pas avoir d’appétit ou bien encore avoir l’esprit ailleurs, ne pas être tout à fait à l’unisson de la tablée.

 

 

A propos d’assiettes

 

Pour dire le vrai, il n’est pas plus question ici d’assiettes, que de verres ou de fourchettes. Rangeons la vaisselle et réfléchissons. On connaît d’autres sens à « assiette ». Bien moins courants, cela s’entend : on parle de l’assiette d’un cavalier pour évoquer sa posture sur le cheval ; on parle aussi de l’assiette de l’impôt pour désigner la base fiscale sur laquelle est calculé le montant de l’impôt.

Ces sens ont leur origine au Moyen Age où il est question d’une belle assiette à cheval ou bien encore du montant d’un impôt et des terres entrant dans le profit des créanciers dans les cas de défauts de paiements de sommes dues.

Qu’elle soit objet d’observation matérielle ou de calcul, l’assiette est ici la base stable sur laquelle on s’appuie, sur laquelle on a le bon équilibre des comptes ou d’un objet animé ou inanimé.

Le terme « assiette » est de la même famille que le verbe « asseoir » et, quand on parlait d’assiettes, il ne fut d’abord question, au XIVe siècle et avant, que de l’emplacement des invités assis autour de la table. « Convier quelqu’un à l’assiette » c’était l’inviter à prendre un repas.

Très rapidement et tout naturellement, le terme assiette a été perçu au sens de « repas servi » et à l’action de mettre les plats préparés sur la table. 

Ensuite, par métonymie, du contenu au contenant, le terme d’assiette s’est appliqué au service de table, aux plats vides disposés sur la table ; ceci jusqu’à la spécialisation au sens moderne d’assiette : récipient plat ou creux destiné à recevoir les aliments destinés au repas d’une personne.

Et nous n’avons là qu’une part des diverses évolutions de sens du mot « assiette ».

 

 

Où « asseoir » recouvre diverses circonstances

et donc autant d’assiettes 

 

A Paris, une ordonnance de 1554interdit aux taverniers et cabaretiers « d’asseoir et recevoir » durant une certaine période, les habitants de la ville et de ses faubourgs et de fermer, depuis la Saint-Rémy jusques à Pâques après 7 heures du soir, « leurs maisons, assiettes et cabarets auxdites heures ». Ces assiettes sont de petits débits de boisson où l’on consomme assis.

La notion d’assiette va s’étendre aux petits pigeonniers de particuliers2 où vont se retirer et se reposer (s’asseoir) les pigeons appartenant aux habitants qui eux avaient le droit de posséder des colombiers ; ce qui n’allait pas sans donner lieu à des récriminations de la part de ces derniers.

Il est également question d’assiette d’un château, c’est-à-dire de son meilleur emplacement possible.

En d’autres circonstances, asseoir un château c’était l’assiéger et ce siège fut appelé « assiette ». Dans la Chronique de Godefroy de Bouillon3il est question de l’assiette, du siège d’Acre (le futur Saint-Jean-d’Acre) par les croisés de la Première Croisade.

 

 

Siège, assiette, assise(s)

 

Avec le terme « siège » nous passons du service de table au mobilier et autres commodités.

Asseoir, assiette et siège (assetar, sièta et sèti en occitan) ont pour origine le latin sedis « siège » mais aussi et par conséquent, « séjour, habitation ».

Il est apparent que le français « siège » n’est pas le produit phonétique direct de sedis latin qui aurait donné « sied » en français et sè en occitan. Il semble qu’il ait subi l’influence de dérivés tels que assiegement  « action d’asseoir, d’établir » qui est toujours très vivant au sens figuré dans « Siège des Nations Unies, Siège d’une société ».

De même, en occitan, le t de sèti « siège » et de assetar « asseoir » paraît se ressentir de l’influence du t de sièta « assiette ».

Les premières attestations du terme « siège » montrent des sens où se distinguent : la place occupée ; la place où l’on est assis ; le meuble servant à s’asseoir.

Ces distinctions montrent bien (compte non tenu de la grande diversité de sens) l’indépendance des sens d’emplacement, de zone stable et celui de meuble.

Déverbal de « asseoir », le terme « assise », connu dès le Moyen Age, a suivi un parcours par nombre de côtés similaire à celui d’assiette.

On lui connaît aujourd'hui, au singulier, des sens techniques (rangée de pierres supportant un mur…) et, au pluriel, réunion d’un parti politique, congrès, ou bien encore, avec cour d’assises, celui de session d’une juridiction.

En lieu et place du tribunal criminel de la Révolution, l’Empire recouvrit avec la locution « cour d’Assises » la notion de réunion en un lieu approprié (le chef-lieu du département) des magistrats qui se déplacent de la cour d’Appel pour y tenir leurs assises.

 

 

Siège latin : une famille prolifique

 

Des emprunts savants faisant fi de toute évolution phonétique, conservent sous la forme sid ou sed  le radical du latin sedere « être assis ».

On distinguera parmi eux « président » et « présider » empruntés au latin praesidere, composé de prae « devant » et sedere « être assis » = être assis devant, donc avoir la place d’honneur et, protéger, commander (sens reçus du latin praesidere). Le terme a été introduit par le latin chrétien et le titre de président y était donné au religieux qui préside à une cérémonie ou bien encore au supérieur d’une communauté religieuse. 

Sous le même aspect, il faut noter « résident », issu de residere, formé du fréquentatif re avec le sens littéral de « rester assis ». Il a remplacé un populaire reseant de même sens. Le français « résidu » est de la même origine au sens de « qui reste ». Dans l’ancienne langue la partie résidue est la partie restante.

Le latin obsidere « assiéger » (de ob-sedere = assis autour) fut emprunté à la fin du XIVsiècle avec le même sens de « tourmenter quelqu’un ». Le sens moderne apparut tardivement au XVIIsiècle. Il a remplacé une forme populaire obsesser « assiéger (un château) » dérivé de obs « otage ».

Composé de sub « sous » et sedere = « assis dessous »le latin subsidium désignait les troupes cachées maintenues en réserve. Le terme avait aussi celui de « secours, réserve ». Il est à l'origine de « subside » emprunté au XIVsiècle.

Le français « insidieux » trouve son origine dans le latin insidiosus, insidiae « embûche » nés de insidare «  s’asseoir sur, s’installer, prendre position quelque part ».

Enfin, de la même racine, le latin sedimen, sedimentum « dépôt » a été emprunté par le latin médical pour donner vie au français « sédiment » que l’on trouve dans les écrits d’Ambroise Paré.

 

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  1. Ordonnance de la cour du parlement, Histoire de Paris, IV, 649.
  2. Denis François Secousse, Ordonnances des roys de France de la troisième race (1729-1750). (Ordonnance de 1368).
  3. In Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française… du XIau XVe siècle, entrée asseoir.
  4. Biblioweb : Lyonel Pellerin, Histoire de la juridiction française (1789-1987).
  5. Ambroise Paré, Œuvres complètes.

 



25/01/2022
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