Noms de Familles et Noms de Lieux

Noms de Familles et Noms de Lieux

Semailles de jadis

Semailles de jadis

 

 

SAUME COURTE

SAUME LONGUE

 

 

 

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Les toponymes SAUME LONGUE et SAUME COURTE font partie des plus exaspérants pour l’esprit car, à première vue, ils expriment une idée, mais ouvrent la porte à bien des hypothèses dès lors qu’on veut les faire parler.

Dans l’Aveyron, des attestations du toponyme Saume Longue nous sont données sur un cadastre de 1870 dans la commune du Viala-du-Tarn1, sur le cadastre de Roquefort en 1666, à Lapanouse-de-Cernon (1666) et à Tournemire (1674)2.

De nombreux autres toponymes se rattachent au type sauma longadans l’Hérault: on trouve des Saume Longue, en tant que nom de ferme de la commune de Cazouls-lès-Béziers, et lieux-dits des communes d’Autignac, Sérignan ; Saume Longue, Aspiran, Le Bosc, Montblanc,  Pailhès, Vailhan, et Villeneuve-lès-Béziers. On trouve aussi la forme agglutinée Saumelongue dans la commune de Creissan3.

En regard de Saume Longue, le toponyme Saume Courte est rarissime. Nous connaissons uniquement la ferme de SAUMECOURTE dans la commune aveyronnaise de Montlaur.

L’abbé André Cabrol qui a été l’antenne occitane des recherches de F.R. Hamlin dans l’élaboration de sa Toponymie de l’Hérault,a publié un article sur le toponyme Saume Longue dans les nos3-4 de la  Nouvelle Revue d’Onomastique.

Selon lui, ce nom de lieu est contemporain de l’extension de la vigne au XVIIesiècle et de l’usage de la mule ou de l’ânesse (la sauma) au détriment du bœuf dans les labours des terres vouées à cette culture.

Cette étude conclut sur la désignation de terres de forme allongée. A la lumière de cette recherche, Saumecourte de la commune de Montlaur, entre Rayssac et Montégut, serait donc un terrain carré aux sillons plus courts et peut-être plus nombreux.

En fait, « longue ânesse / courte ânesse » nous paraissant solliciter abusivement et inutilement notre imagination, il nous a paru plus judicieux de préférer ausens connu de sauma,un sens plus technique mais reçu des milieux agricoles d’antan : celui de saumadaappelée « sommée, salmée ou somme » en français et ayant sans doute eu en saumaun cousin occitan.  

Ce dernierest proche du sens étymologique du latin sagma« bât » qui :

- d’une part, est à l'origine du sens de « bête de bât = bête de somme = saumaoccitan »,

- et d’autre part, par métonymie (contenant pour contenu) a correspondu à une certaine quantité de grain.

« Dans le Gard, la somme ou salmée de 4 setiers valait de 192 à 206 litres ; elle se divisait en 8 éminées, 16 quartes, 64 boisseaux » (M. Lachiver, Dictionnaire du monde rural3).

 

 

 

 

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 Les « sommes » se distingueraient en courtes ou longues, suivant la longueur du labour sur lequel elles sont ensemencées en fonction de la fertilité : les terres les plus ingrates demandant à être ensemencées avec moins de densité que les terres fertiles car le bon grain y souffrait moins de concurrence des mauvaises herbes.

Marcel Lachiver explique ceci dans Les années de misère : «  En général on semait de façon plus dense qu’aujourd’hui parce qu’on semait à la main et non au semoir mécanique qui répartit plus exactement la semence. On semait plus dru aussi parce qu’on croyait que les quantités récoltées étaient proportionnelles aux semis. On semait surtout plus dru parce que, dès le printemps, les blés étaient en concurrence avec la mauvaise herbe ; plus le semis était dense plus on pensait qu’il serait apte à l’étouffer. Mais évidemment, on essayait de proportionner la semence aux aptitudes du sol. Dans les sols maigres, dans les terres légères, on semait moins dense parce qu’on avait moins à craindre les mauvaises herbes. Dans les terres lourdes et grasses qui devaient assurer une production plus importante, on n’hésitait pas à semer plus dru5. »

Ainsi les Saume Longue désignaient-elles des labours où la sauma, la « somme », durait plus longtemps parce que la terre était pauvre et que l’on semait grosso modo moitié moins de céréales (seigle, méteil, froment).

Les Saume Longue / Somme Longue étant donc des terres pauvres et les Saume Courte, des terres riches. 

La fréquence des Saume Longue va dans le sens de la toponymie rurale qui rend bien plus souvent compte de l’aridité des lieux que de leur fertilité.

Peut-on envisager sous le même aspect les Saume Longue alpins des communes de Digne (Alpes-de-Haute-Provence), de Névache (Hautes-Alpes) et Somme Longue des Alpes-Maritimes (Lardier-et-Valença), de la Drôme (La Répara-Auriples, Mirabel-et-Blacons, Saint-Julien-en-Quint) et de l’Isère (Gresse-en-Vercors) ? c’est possible dans la mesure où le sens de « terre pauvre » a pu prévaloir, dans la majorité des cas, sur le sens premier de « terre ensemencée ».

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  1. Atelier toponymique. Festenal de la Musa, 2018.
  2. Communication écrite de Marc Vaissière.
  3. Fr. R. Hamlin, Toponymie de l’Hérault.Editions du Beffroi – Etudes héraultaises, Millau, 2000.
  4. M. Lachiver, Dictionnaire du monde rural.Les indispensables de l’histoire, Fayard, Paris, 2006.
  5. M. Lachiver, Les années de misère. La famine au temps du Grand Roi.Fayard, Paris, 1991.


09/06/2020
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